La chenille processionnaire du chêne Thaumetopoea
processionea (Lepidoptera : Notodontidae) est
l’un des principaux insectes défoliateurs des chênes européens. Ses
dommages sont surtout visibles de juin à mi-juillet, époque à laquelle
il est possible d’observer les longues processions des chenilles d’où
l’espèce tire son nom. Des recrudescences soudaines des
populations de processionnaire du chêne ont été observées ces dernières
années en Europe de l’Ouest et centrale. Les poils urticants des
chenilles y occasionnent des nuisances de santé publique importantes,
aussi bien dans les zones rurales (Flandre, sud des Pays-Bas, Bavière,
Lorraine), que dans les zones périphériques des grandes villes (Anvers,
Eindhoven, Nancy, Paris, Vienne) ou dans les parcs urbains (Londres).
Cycle de
vie

assez lâche, tissée entre
les branches ou sur le tronc. Les "nids", en forme
de sac caractéristique et composés de soie assemblant poils, anciennes
mues et excréments, n'apparaissent qu'à partir du cinquième stade
larvaire et abriteront les chenilles lors de la nymphose. De couleur
grise, les adultes apparaissent typiquement durant les chaudes nuits
d'août et ne survivent que quelques jours. Les femelles déposent alors
leurs pontes sur les rameaux d'un ou de deux ans de chêne, où les œufs
restent en place jusqu’au printemps suivant (éclosion des jeunes
chenilles au mois d’avril).Plantes-hôtes

La processionnaire du chêne est inféodée au genre Quercus. Ses essences de prédilection en Europe
sont le chêne pédonculé Quercus robur, le chêne rouvre ou sessile Q.
petraea de même que le chêne chevelu Q. cerris. En Belgique, la
chenille se retrouve donc le plus souvent sur chêne pédonculé, espèce
omniprésente à travers tout le pays. En cas de fortes
pullulations, la chenille migre également vers d’autres essences, tels
le chêne rouge d'Amérique Quercus rubra, le charme Carpinus betulus, le noisetier
Corylus avellana, le hêtre
Fagus sylvatica, le châtaigner Castanea sativa ou le bouleau Betula
pubescens. Mis à part un petit nombre d'espèces du genre Quercus, ces transferts d'hôtes ne permettent pas
le développement complet de l'insecte.Impact
sur la forêt

Alsace et en
Lorraine, provoquant dans des secteurs de tailles variables des
défoliations pouvant être à l’origine de réductions de croissance. Dans
tous les cas, la mort de l’arbre n’est jamais directement imputable à
la processionnaire, mais s'observe si l'insecte est suivi par des
attaques de ravageurs secondaires (buprestes, scolytes,…) ou par des
attaques de pathogènes comme l’oïdium. Le plus souvent, les populations
de la processionnaire du chêne se manifestent sous forme de gradations,
l’insecte pouvant pulluler une à trois années de suite. Entre deux
pullulations, parfois espacées de nombreuses années, les chenilles se
montrent généralement assez discrètes. Lorsque des défoliations sont
observées, il n’est d’ailleurs pas toujours facile d’imputer les dégâts
à la processionnaire, cette dernière agissant de concert avec d’autres
défoliateurs.Impact
sur la santé humaine


En Belgique, huit espèces de chenilles potentiellement urticantes/allergisantes sont présentes : la processionnaire du chêne Thaumetopoea processionea , le bombyx cul-brun Euproctis chrysorrhea , le bombyx du chêne Lasiocampa quercus , ainsi que dans une moindre mesure le cul-doré Euproctis similis ,le premier stade larvaire chez le bombyx disparate Lymantria dispar, l’écaille martre Arctia caja, l’étoilée Orgyia antiqua et Orgyia antiquoides. La processionnaire du chêne y représente de loin l’espèce la plus redoutable, occasionnant un grand nombre d’accidents pénibles ou mêmes graves lors des années de pullulations. A titre d’exemple, 21 000 consultations chez le généraliste liées à un contact avec la chenille processionnaire ont été enregistrées entre les mois de mai et d’août 1996 dans le sud des Pays-Bas.
Pour le total de cette gradation bien documentée de 1994-1996, le nombre total de personnes touchées dans la Région est estimé à 60 000 – 100 000 personnes (soit environ 15% de la population considérée). La grande majorité de ces patients se plaignait de dermatites, parfois accompagnée de problèmes secondaires (troubles oculaires et respiratoires, fièvres, malaises, insomnies, représentant au total moins de 5% des cas). Des enquêtes similaires réalisées aux Pays-Bas et en Belgique ont démontré des impacts comparables lors des épisodes de pullulation ultérieurs. Des impacts à plus long terme tels que le développement d’une sensibilité allergique ont également été relevés. Par ailleurs, on constate une augmentation généralisée des nuisances causées par la processionnaire depuis une dizaine d’années, et ceci dans un nombre croissant de pays d’Europe centrale et de l’Ouest. Ainsi, une étude épidémiologique, réalisée en Autriche en 2003, a montré que 5 à 6 % des personnes interrogées ont développés différents symptômes caractéristiques de la réaction allergique.
Solutions
de lutte


La lutte biologique est également pratiquée, à l’aide de Bacillus thuringiensis pulvérisé en solution aqueuse. Ce biopesticide, dont le mode d’action est basé sur l’ingestion d’une toxine responsable de la perforation de la paroi intestinale de la chenille, présente de nombreux avantages. Son faible coût et ses multiples modes d’application (au sol, par voie aérienne,…) tout d’abord, font du Bt le moyen de lutte utilisé dans la grande majorité des traitements forestiers contre les lépidoptères défoliateurs.
La souche utilisée, le BtK3a3b, dont la toxicité est par ailleurs totalement restreinte à cet ordre, présente l’avantage de l’inocuité vis-à-vis de la majorité des espèces de l’entomofaune non-cible. Son action directe est dès lors limitée aux chenilles présentes au moment du traitement (mais également certaines espèces protégées), et des effets indirects sur les populations d’ennemis naturels (parasitoïdes) ne sont pas à exclure. Le Bt se caractérise également par une nécessité d’application sur une fenêtre de temps limitée, après le débourrement des chênes (>50% déploiement) et au moment où les chenilles s’alimentent (nécessaire à l’ingestion du produit). Son application est généralement recommandée contre les chenilles des seconds et troisièmes stades, considérés comme les plus sensibles à l’application du biopesticide. Remarquons cependant que, comme au 3ème stade les chenilles commencent à produire des soies urticantes, celles-ci ont la possibilité de continuer à nuire durant de nombreux mois, même après la mort des insectes. L’application du Bt nécessitera donc une surveillance précise et un suivi régulier du développement des larves sur le terrain. La faible persistance d’action de ce produit sur le feuillage (dégradation par les rayons UV, lessivage par la pluie), nécessite par ailleurs des conditions météorologiques favorables pour son application.
Illustrations (de haut en bas):
- Thaumetopoea processionea, imago émergent (N. Meurisse)
- Chêne pédonculé en milieu ouvert, site de prédilection pour T. processionea (N. Meurisse)
- Chêne pédonculé défolié par T. processionea (N. Meurisse)
- Thaumetopoea processionea, confection du nid de nymphose (N. Meurisse)
- Lutte contre T. processionea , pulvérisation de Bacillus thuringiens (Commune de Ternat, Belgique)
